Des crânes et l’été orange doré

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Elle étala son crâne sur la table du salon.


L’été lui était tombé sur le coin de l’épaule, comme une plume, sans prévenir. Il coulait lentement vers ses omoplates, jusque dans son dos.

 

Elle ne l’avait pas immédiatement senti. Ou plutôt elle s’était accommodée de cette présence douceâtre. Fragile et si discret, l’été avait ensuite mué en un coulis sucré. Il était enfin presque gras, évidemment orange doré.

Personne ne songerait à imaginer l’été bleu, ou violet, ou même rouge voire jaune.
Non, l’été est orange doré, et il était donc tout à fait normal que l’été, sur son omoplate, fut tombé comme une plume, peut être sans prévenir, peut être que c’était elle qui avait manqué d’attention, peut être que c’était même là fourberie absolue de l’été, mais qu’il fut tombé de façon orange doré.
Et tandis qu’elle était penchée en avant pour étaler son crâne, elle laissait le pollen, l’herbe, le goût de la nuit, la musique et les photons remonter vers sa nuque jusqu’à former un plasma mobile s’étendant par capillarité.
Elle étalait soigneusement son crane. Par taches rouges. A l’aide du rouleau qu’elle avait pris dans le tiroir de la cuisine quelques heures auparavant.

 Puis elle se redressa juste à temps pour que l’été ne commençât à s’égoutter dans l’air. Parvenu à la limite de sa nuque que ne venait plus continuer aucune tête, le coulis orange doré aurait risqué de se répandre sur son ouvrage, ou, pire encore, se diluer dans la pièce… 

La table était alors parsemée d’îlots grenat en relief, séparés par des petites digues blanches qu’elle pourrait toujours écraser. Il lui restait encore des oreilles, quelques bouts de peau, les cheveux bien sûr, les autres os qui avaient été tachés, perdant ainsi leur blancheur, et un peu de cervelle. Elle contempla la carte, tantôt telle Ymir, maintenant  comme Wili et Wé, et décréta que, décidément, tout cela manquait de montagnes. Elle se servit donc des cheveux dont elle parsema les îlots rouges. Elle les relia aux bouts de chair qui serviraient de base aux belles hauteurs.Elle mit de côté les oreilles, au cas où elle ne parviendrait pas à trouver de tronc d’arbre cette fois-ci, puis elle se dirigea à nouveau vers la cuisine. Mais elle s’arrêta avant d’en franchir la porte. Près d’une armoire qu’elle ouvrit sans pour autant que la lumière n’y pénétrât, elle exhuma, au hasard, un crâne qu’elle plaça sur son tour de cou écarlate.

 Le ruban disparut au moment où le bas du nouveau crâne rencontra sa nuque nue. Il laissa la place à un sautoir sur lequel étaient placées six grosses perles. Elle porta une main ardente à sa joue et regarda de ses yeux gros la table qui devenait connexe par caillots. Dans quelques minutes elle pourrait se saisir de son contenu et le glisser, perle garnie de nuances supplémentaires, sur sa poitrine. […]

 

Dimensions de la bague « Galatée » : anneau réglable, Ø « pierre » :  1 cm
Prix : 15 €  Contact : la.geode (at) yahoo.fr

Pendants d'oreilles Galatée     Pendants d’oreilles « Galatée«