Victimes de la Lune

Ils dansent, ils rient, ils pleurent.
Ils se font violence et sont cruels.
Ici on arrache des jambes. Là on s’insulte et on s’aime.
Ils sont sur le fil, tout y est question d’équilibre.

Ils sont gros de vie.
Les bras ouverts et les corps au bord de l’Abîme

10, Victime de la lune, février 2018Que vient-on chercher sous ces tentes opaques qui brillent en dehors des villes ?

Le cirque est un temple moderne où la Potnia Theron, maitresse des animaux, est une femme à barbe.
Ou les nains sont des masques et où les sommets ne s’atteignent qu’à couvert. Dans le secret d’un lieu aux mille visages éphémères .

On paie pour entrer. On achète cette vie
qu’ils entretiennent comme un feu sacré et donnent à consommer pendant qu’on mange leurs chairs.

Crierait-on vraiment si la trapéziste se tordait le cou ? Cela ne ferait-il pas partie du spectacle, cynique de parts en parts ?
Comment frémit-on ?

On paie aussi pour se voir joué.
Les cartes, la magie et les tours de passe-passe sont autant de manipulations consenties.
Les filets, discrets, protègent des chutes. Tout, jusqu’aux ongles de Monsieur Loyal, est une habile mise en scène qui modèle chacune des émotions et guide au gré des numéros une masse docile venue ici pour s’en laisser conter
par ceux qu’elle a
marginalisés.

On en sort repu.
On a ri, on a pleuré : on a vécu.
On laisse derrière soi ces lueurs ambiguës qui brûlent et réchauffent, éclats de rires aux longs couteaux.
La grosse foule se presse hors du Chapiteau pour retrouver les lumières sages et régulières de ses villes.
Pour retrouver les draps épais, rassurants de ses lits et ses assiettes pleines
Mais là au loin, dans la nuit, le Cirque, toujours luit.
Son gros rire de vie prend les visages de ceux qui l’animent.
Ils mangent, ils s’aiment.
Assemblés autour d’une table comme sur une scène, ils n’ont pas enlevé leurs costumes, eux.

Illustration inspirée des Monstres et Prodiges d’Ambroise Paré
Lunes issues du
Messager des étoiles de Galilée
Texte rédigé après le spectacle
Terabak de Kiev