Les lourds plis de chair

Les lourds plis de chair, animés par sa puissante respiration résiduelle répondent aux plis de l’onde qui arrive, et frappe la haute muraille … alors que ses pieds ont maintenant pleinement eu le temps de s’amarrer sur le seuil de son monde.

Il regarde les cordes s’enrouler bien plus bas que ses sabots enfoncés. Bien plus lointaines que les murs du labyrinthe. Proches, ils sont pourtant d’une distance que sa nature rend aussi incompressible que les chaînes qui tantôt le retiennent et tantôt les libèrent.

Il regarde les cordes s’enrouler dans un sac et un ressac d’écume.

Elles serpentent en projections salées, sur lesquelles nagent maintenant des poissons ne s’efforçant plus de fuir auprès de l’éther la masse trop tendue de la mer.

Il regarde les heurs chaotiques de chanvre, à travers lequel, par contraposée ophidienne de la thèse d’Ariane, si des nageoires s’élèvent vers des seuils diptères, alors les nageurs sombrent entre les mailles détendues de la mer. Si ce n’a été entre ses chairs répandues.

C’est que les fils lâches, ou ceints de nacre rouge, ou bleue, prennent naissance dans une mer et des murs astables qu’il n’aura jamais su entendre. Et ceci est l’injustice que l’on fit aux murs qui aveuglèrent ceux qui y durent y résider.

Mais c’est que les trières n’aborderont plus jamais, loin des portes et paupières closes, des rivages qui étaient devenus fermes, retenant le mouvement de la mer sans en trahir le souffle. Que les figures noires ne porteront maintenant que des récits incisés de souvenirs, répliques d’histoires passées. Car la corde de fuite, sans tension, ne peut plus résonner. Détendue pour toujours par l’ultime destruction qui précède l’abandon. Là où le fil devenu muet se dressera uniquement pour constituer un thyrse devant des voiles restées noires sur des creux enlacés.

Et puisque l’onde compacte trouvait sa source tout aussi précisément à l’exact milieu du labyrinthe, dans le corps furieux du monstre, il n’est plus besoin même d’entendre. Plus personne ne peut voir qu’au dehors, les poissons ont définitivement fini de voler sous un temps plein de cordes amères qui ont maintenant trop vu la terre.

C’est une ombre, dont les chairs sont des mirages, qui se tient désormais au-delà de cette réalité. C’est un fantôme qui exhale les humeurs de la dernière fuite et dont les chairs sinuent vers cet amas noueux de plis auquel elles retournent patiemment.

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Le minotaure, George Frederic Watts, 1895, Tate Gallery

Texte présenté lors du Langage des Viscères, le 31 mars 2012

 

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